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  • Photo du rédacteurCheyenne Lamonarca

Petite histoire du papier peint


Il fait son grand retour ces dernières années sans avoir vraiment quitté nos intérieurs lors des dernières décennies. On le redécouvre au travers d’une modernisation des couleurs et des motifs, plus variées, mais surtout avec le retour des papiers peints panoramiques.

Vous en avez probablement tous eu chez vous un jour, peut-être sous forme d’une frise avec des idéogrammes chinois dans les années 2000, ou des petits ours dans votre chambre d’enfants dans les années 90 ? Dans les années 2010, on le trouvera sous forme de trompe l’œil, et si aujourd’hui les motifs floraux sont privilégiés, on trouvera aussi des papiers peints plus géométriques ou organiques. Mais finalement, d’où viennent-ils ? Et qu’est-ce que c’est finalement le papier peint ?


On suppose que les premières apparitions des « papiers peints » seraient en Chine, où les artistes peignaient des bandes de papiers qui servaient ensuite à revêtir les murs. On retrouve des traces d’importation de ces papiers au XVI ème siècle, mais ils étaient apparemment utilisés là-bas avant l’an mille. Une histoire qui ne date donc pas d’hier.


En Europe au Moyen-âge, les demeures les plus riches sont décorées avec du cuir peint à la main. Il ne reste que peu de traces de ces décorations, et c’est finalement assez éloigné du papier peint tel que nous le connaissons. Et s’il faudra attendre le XVI ème siècle pour voir apparaître en Angleterre les premiers papiers peints, il ne connaîtront leur essor qu’au XVIII ème siècle avec l’industrialisation de la fabrication de ceux-ci. En effet, les techniques d’imprimeries progressent et vont permettre de fabriquer les papiers peints en Europe. Jusqu’ici, ils étaient principalement fabriqués et importés de Chine, ce qui les rendait onéreux et par extension, luxueux.


Au début, c’est l’Angleterre qui domine ce marché en exportant les papiers peints qu’elle produit. Rapidement, la France vient la rejoindre et se place sur ce marché florissant. D’ailleurs aujourd’hui, en Europe, on trouve toujours essentiellement des papiers peints de ces deux pays, avec des marques historiques comme la manufacture Zuber (1790) en France ou la plus récente fabrique Farrow & Ball (1946) en Angleterre.




En France, c’est Jean-Baptiste Réveillon qui donnera ses lettres de noblesse au papier peint notamment avec le célèbre papier peint à fleurs de lys sur fond bleu ciel. On retrouvera dès le XVIIIème siècle des papiers peints panoramiques, mais aussi des trompes l’œil. Dufour éditera par exemple Les sauvages de la mer du Pacifiques d’après une peinture de Jean-Gabriel Charvet. Ce panoramique compte 20 lés de 54 cm, ce qui est tout de même monumental !





Au XIX ème, cette industrie se voit encore changer avec l’avancée des techniques d’impression. Il est maintenant possible de gaufrer, doré et satiné, permettant des trompes l’œil, toujours plus convainquant !


Jusque dans les années 1980, le papier peint est la décoration murale la plus utilisée au monde ! Il connaît cependant une crise dans les années 80 et 90, où il sera bien moins privilégié, jugé vieillot. L’industrie se restructure et un nouveau souffle se fait ressentir dès les années 2000. Pourtant, il faudra attendre 2020 pour qu’il redevienne tendance et parvienne à s’inscrire dans nos habitats contemporains. Les graphistes et designers se renouvellent sans cesse et sont bien plus proches de la mouvance de notre décennie qu’ils ne le furent durant les 40 dernières.


Un peu plus haut, je vous parlais de l’imprimerie, qui a permis cette démocratisation des papiers peints. Alors je ne peux m’empêcher de vous parler de Walter Benjamin, et de son essai L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (écrit en 1935, parue dans sa version intégrale en 1955). Dans cet ouvrage, Benjamin part du constat, qu’en tout temps une œuvre est reproductible. Il donne pour exemple celui des Grecs, qui se servaient du moulage pour produire leurs armes et leurs monnaies. Et bien sûr, il y parle de l’imprimerie, qui permettait de promouvoir l’art avec des techniques comme la lithographie. Pour lui, ce que perd l’œuvre avec ses reproductions, c’est son aura. L’œuvre alors reproduite perd « le caractère absolument unique de son existence ». Rapidement, avec le papier peint nouvellement démocratisé, on ne retrouvera plus ce caractère unique d’une œuvre peinte à la main.


Si c’est bien évidemment ce qui lui a permis de s’installer progressivement dans nos intérieurs, c’est aussi ce qui lui a fait perdre sa qualité d’œuvre d’art pure. Aujourd’hui, le travail du créateur est perdu derrière la quantité de papiers édités. On ne salue jamais l’illustrateur qui a donné naissance aux motifs, au graphiste qui a proposé plusieurs variations de couleurs. Le papier peint est devenu une pièce de design éditable en série au même titre que la chaise Wassily par exemple. Je ne dirais pas que c’est quelque chose de triste, ou de déplorable, je dirais simplement qu’au regard de l’histoire de ces papiers peints, il est devenu autre chose au fil des ans. Et ce qui le rend unique aujourd’hui, c’est l’œuvre que vous choisirez d’en faire dans votre intérieur.




Prenons le temps d’apprécier ces papiers colorés dont l’élaboration prend du temps et demande le savoir faire de beaucoup d’acteurs.



À bientôt pour un nouvel article sur le blog.

Cheyenne pour Atipicall Home



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